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Décédé le 12 août 2019 : qui était vraiment l’artiste DJ ARAFAT ?

ARTS, CULTURE ET SPECTACLES

Décédé le 12 août 2019 : qui était vraiment l’artiste DJ ARAFAT ?

Jamais la Côte d’Ivoire n’aura connu un artiste aussi populaire que controversé. DJ Arafat, mort le 12 août 2019 après un grave accident de la circulation la veille (le dimanche 11 août 2019) à Abidjan, laisse la Côte d’Ivoire et l’Afrique toute entière dans l’émoi. Son portrait !
Décédé le 12 août 2019 : qui était vraiment l’artiste DJ ARAFAT ?
Décédé le 12 août 2019 : qui était vraiment l’artiste DJ ARAFAT ?
DJ Arafat était à la fois, un artiste populaire et controversé

Dans la commune de Yopougon, au cœur d’Abidjan où il est né en 1986, DJ Arafat de son vrai nom Ange Didier Huon, a été bercé par la musique des multiples maquis et bars qui peuplent  cette commune chaude de la capitale économique ivoirienne. A l’origine timide, voire indolent, son caractère s’est forge progressivement au gré des épreuves. Dans cette commune populaire, le fils de Tina «Spencer» devenue Tina «Glamour», et de Pierre Huon « Wompi », un couple d’artistes musiciens, comprend très tôt qu’il lui faudra prendre lui-même en main son destin, s’il envisageait réaliser son rêve : celui d’écrire son nom au panthéon des plus grands artistes de l’histoire de la Côte d’Ivoire. Mais la posture d’artiste chanteuse très controversée de sa mère ne va pas l’y aider. Ses détracteurs  reprochaient en effet, à Tina « Glamour » une attitude éhontée et un style très peu pudique qui feront grandir le jeune Arafat dans un environnement vulgaire et peu orthodoxe. Ce sont en effet toutes ces difficultés qui pousseront plus tard DJ Arafat à entrer dans l’univers de la musique et du coupé-décalé au début des années 2000. Officiant au «Shangaï», l'un des plus grands maquis de la «rue princesse» à Yopougon en qualité de DJ,  Ange Didier Huon a fait d’importantes rencontres qui ont impacté son destin. A commencer par celle avec Roland Le Binguiste, son producteur qui l'emmène en studio pour la sortie de son premier single «Hommage à Jonathan» en 2003, avec le soutien et la bénédiction d’un certain Douk Saga (père du coupé-décalé). La carrière de DJ Arafat est ainsi lancée et depuis, il est allé de gloire en gloire, faisant  de lui, la fierté non seulement de sa commune natale, mais aussi celle la Côte d’Ivoire, dont il était l’un des plus illustres ambassadeurs au plan musical.

 

La volonté d’être toujours n°1

 

Lorsqu’il reçut, en 2012, le prix du meilleur artiste africain de l'année au Kora Music Awards, certains ont vite fait de jeter le discrédit sur DJ Arafat, qualifiant son sacre de tricherie. Alors que pour ces proches, cette victoire était le résultat d’un travail acharné. «DJ Arafat était un bosseur qui était passionné par ce qu’il faisait et qui souhaitait toujours être le premier de sa génération», indique un animateur radio proche de l’artiste. «Arafat pouvait se lever le matin avec une nouvelle chanson en tête, et travailler toute la journée pour trouver les pas de danses qui allaient avec, c’est un génie en la matière. En plus, chaque fois qu’il était sur scène, il metait le paquet», renchérit Moïse Koné l’un de ses fans.

DJ Arafat s’est fixé  pour ambition ultime de décrocher son premier disque d’or, surtout après la signature d’un contrat avec la major Universal Music Africa en décembre 2018, suivie de la sortie de son album ‘’Renaissance’’ quelques semaines plus tard. Mais hélas. Outre la qualité de travailleur acharné, l’artiste, ‘’père’’ de plusieurs concepts musicaux au nombre desquels, le «Kpangor», le «Zoropoto» et le «Maploli», était aussi décrit par son entourage, comme quelqu’un de gentil, de vrai et de loyal dans ses relations. «Quand il était avec toi, il était loyal sans dévier jusqu’à ce que tu le trahisses», révèle un autre fan de la première heure de l’artiste. Ce sont ces valeurs qu’il a continué de transmettre aux membres de son ‘’écurie’’ la «Yorogang» d’où est sorti l’artiste Ariel Sheney, figurant aujourd’hui parmi les figures de proue de la musique urbaine ivoirienne. En 2019, DJ Arafat s’était fixé pour ambition de redynamiser les activités de la «Yorogang» pour révéler de nouveaux talents et «fabriquer» de nouveaux artistes.

 

Un homme sensible et foncièrement humain

 

Cela peut paraitre incroyable, mais DJ Arafat était un homme sensible, affable et foncièrement humain. «C’était quelqu’un qui pouvait pleurer pour une situation à priori banale ; ce que les gens sont loin d’imaginer», souligne l’un des amis de l’artiste. Il en veut pour preuve les nombreux dons que DJ Arafat réalisait, en toute discrétion, chaque année, dans les orphelinats, de même que les aides financières qu’il apportait, çà et là, ainsi que le nombre importants d’enfants dont il s’occupait au quotidien. DJ Arafat était aussi décrit comme quelqu’un de timide et peu bavard en dehors de la scène, ayant aussi un profond  respect pour ses aînés. Beaucoup le disent en effet victime de l’image de «bad boy» qu’il s’est obligé à adopter pour lancer sa carrière et avoir de l’attrait auprès des jeunes. Incompris, DJ Arafat regrettait souvent les prises de becs qu’il avait avec certains artistes comme ce fût le cas, lors de la célébration de ses 30 ans de vie, lorsque nombre de ses confrères du coupé-décalé ont brillé par leur absence.

 

Un personnage fortement controversé

 

Si DJ Arafat était adulé par une frange importante de la population ivoirienne, notamment par de nombreux jeunes, certains ne retiennent de lui que l’image d’un personnage grossier, peu respectueux des mœurs et aux propos injurieux. Sur le plan artistique, il était reproché à DJ Arafat de faire une musique bruyante, dont les paroles n’ont presque pas de sens, composée souvent à l’improviste et qui visaient plus à dire des obscénités qu’à éduquer. En plus, l’artiste qui se faisait aussi appeler «Yôrôbô», «Commandant Zabra» ou encore le « Chinois » était connu pour ses injures répétées à l’encontre des autres artistes et même des personnes qui osaient critiquer sa musique ou son attitude désinvolte. «Si quelqu’un parlait mal du comportement d’Arafat ou de sa musique, il faisait automatiquement une vidéo sur les réseaux sociaux pour le ‘’clasher’’, c’est comme ça qu’il fonctionnait», s’indigne un Stéphane Kouakou, un amateur de musique coupé-décalé. Certains professionnels du showbiz justifient cette attitude comme étant une stratégie markéting permettant de créer du buzz et attirer sur lui l’attention, afin d’être toujours au-devant de la scène. Mais ce qu’il y avait moins de marketing dans son comportement, c’est quand il ne respectait pas ses engagements vis-à-vis des promoteurs de spectacles. En effet, il était connu pour faire prendre des avances par son manager, et ne pas se présenter aux spectacles, occasionnant des dettes souvent très importantes pour les organisateurs de spectacles. L’on se souvient de son absence au concert de clôture du MASA 2014 alors qu’il avait encaissé une partie de son cachet.

 

Violent et peu galant avec les femmes

 

La violence était aussi l’une des caractéristiques de l’artiste. Non seulement la violence verbale dont il était coutumier, mais aussi la violence physique. Le point culminant, c’est lorsqu’en janvier 2018, l’artiste avait mis à nu l’un de ses poulains, l’a frappé puis publié la vidéo sur les réseaux sociaux. Une affaire pour laquelle il avait été condamné à 12 mois de prison et 20 millions de FCFA d’amende par la justice ivoirienne. Une peine de prison qu’il ne purgera pas. Pour certains, si l’artiste jouissait d’une telle impunité en Côte d’Ivoire, c’est en raison de ses relations privilégiées avec des pontes du pouvoir en place. Pour conforter cette image de «bad boy» qui lui collait à la peau, DJ Arafat n’hésitait pas à humilier publiquement les femmes avec qui il a eu à entretenir une relation amoureuse. Pour ses détracteurs, c’est à croire que pour le «dandy» qu’il était, parler maladroitement de ses nombreuses conquêtes sur les réseaux sociaux, lorsque la relation tournait mal, faisait de lui une star. «Si DJ Arafat manquait de respect à sa propre mère, c’est normal qu’il puisse insulter d’autres femmes», s’indique Carole N’Guessan, une jeune dame révoltée par le comportement de l’artiste envers les femmes. Violence verbale et physique, non-respect de ses engagements, injures et comportements déplacés, DJ Arafat a gardé, jusqu’à son dernier souffle, l’image du « mauvais garçon» le plus côté de l’univers musical ivoirien. Est-ce peut-être cela qui a justifié son succès et sa longévité au dans le top 5 des meilleurs artistes coupé-décalé de Côte d’Ivoire ?

 

ARSENE YAPI

 

Source: JDE | publié le 13 Aout 2019

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